être longtemps à deux, chaque fois que c’est arrivé, c'était comme si on avait écrit un deuxième discours de la servitude volontaire, 9,99 € à noël chez folio sagesses, rangé entre les quatre accords toltèques et raphaëlle giordano. un manuel d'autodéfense intellectuelle pour interroger une servitude choisie et entretenue, qui finit parfois par être aimée, ou pire : oubliée. 

peut-être dix chapitres, peut-être onze, aux titres racoleurs immanquablement suivis de citations de socrate et de marc-aurèle, gages de profondeur et d'authenticité. on y trouverait les inévitables conseils de la rédaction pour triompher du ridicule de la promiscuité, les instants volés qui donnent un sens à la vie, la tendresse par habitude, les conversations prosaïques ou la créativité en berne. sur l'inconfort d'une vie tiède et cloîtrée, tout y serait.

parce que la vie à deux, mon dieu !, ses tressaillements et ses frissons, un début d'existence béate. très vite ses règles tacites, ses renoncements et sa torpeur. ici ou là quelques sursauts, mais toujours un obscur sentiment d'inachèvement. le désir aussi, à force, est un désir un peu pudique, presque gêné de lui-même. ça s'insinue par petites touches. pour moi c'est toujours comme ça que ça s'est passé. certaines relations, probablement, sont moins touchées que d'autres. plus habitables, plus réussies, mazeltov !

le chapitre qui ouvrirait le recueil, par exemple, et qui donnerait son titre au livre, aiderait chacun à reconnaître sa servitude avec lucidité pour mieux y consentir, dignement et sans révolte. c'est ce que la boétie trouvait troublant, ce moment où le servage cesse d'être subi pour être désiré. avec moi, manifestement, ça n'a pas fonctionné. ça n'a fait que me rendre moins discipliné. à chaque fois c'est resté loin. ça mène quelque part, puis à rien. ce que le trivial avait d'heureux à m’offrir n'a pas été suffisant pour remédier à l'ensauvagement.

qu'est-ce qui est arrivé ? comme mithridate, peut-être : l'accoutumance. qui finit par vous faire oublier qui vous êtes. lorsqu'il m’arrive de m'abandonner ainsi, dans une histoire amoureuse, c'est qu'il n'y a plus de place pour moi. mais à ce prix-là, un peu de décence !, ça n'est pas non plus un appel au vice : je ne crois pas que la fidélité à soi oblige à l'infidélité à l'autre. la liberté n'a jamais eu à voir avec la duperie et l'inconstance.

au fond, est-ce que ça existe vraiment, quelqu'un capable de ce qui a toujours manqué. un peu de panache, les gestes élégants, l'émulation, la désinvolture, l’audace, la frivolité, l'attention, l'esprit et la dentelle de calais-caudry. ma définition des satellite baddies. je ne saurais pas dire si c'est la vie à deux ou si tous les couples dans lesquels j'ai vécu ont foncièrement manqué de cocaïne et de fantaisie. ce que je dis, c'est qu'à chaque fois, la servitude volontaire, ça a fini par être mortel d'ennui.

9,99 €, quelques royalties, on peut s'entendre.