en voila une idée brillante que personne n'avait eu auparavant. noir, jeune et moderne ou blanc, old school et rétrograde. si vous pouvez faire voter les gens sur ce genre de critères, vous avez réussi : vous les avez éliminés de la prise de décision.
ce n’est pas non plus tocqueville mais c’est déjà postman. 1985, amusing ourselves to death. le bien nommé ! le fond disparaît. ce qui compte ce n’est plus ce que vous dites mais comment vous le dites. avec quel sourire, quel éclairage. boorstin appelait ça le pseudo-événement : quelque chose qui n’existe que pour être filmé, qui n’a lieu que parce qu’il y a là, juste devant, une caméra qui vous fait face. il publie the image en 1962 : l’époque reagan acteur avant reagan président. justement. un meeting, une accolade, une larme, ça ne se vit pas, ça se scripte et ça se tourne ; en somme, un simulacre à la baudrillard comme on écrit un scénario à la audiard. c’est comme debord dans la société du spectacle : la représentation devient la réalité. vous ne vivez plus rien, vous regardez, c’est tout. il n’y a plus d’original derrière l’image, il n’y a plus rien derrière le candidat, ni programme ni sagesse politique, juste un beau fond de scène. le candidat idéal ne sera jamais celui qui a les meilleures idées : ce sera celui qui gère le mieux la lumière. parce qu’il y a des médias obéissants qui vont se mettre en quatre pour le présenter comme un merveilleux personnage qui a tellement de charisme : le président le plus populaire de l’histoire, il crée une révolution, et comment pourrions-nous le critiquer, tout le monde l’adore. on en ferait des t-shirts, des couvertures de GQ, on se demanderait : mme obama ferait-elle une plus jolie première dame ? qui sait le mieux dire les choses ? qui a le plus beau sourire ? l’amérique acceptera-t-elle un président noir ?

si les gens finissent par se poser ce genre de questions superficielles alors vous aurez bien avancé vers le but souhaité : maintenir le fonctionnement formel du système. ne faites aucune allusion à la politique étrangère de l’un, à la politique intérieure de l’autre, ne dites rien, mais rien, rien, des hauts faits de la dissidence intérieure, des tueries de masse, du retour de l’extrême droite, du chômage et de la dépolitisation. les regards sont ailleurs, quand tout le monde - les médias et les autres - s’accorde à dire qu’il n’y a jamais eu de véritables questions dans la campagne, sauf celle de savoir si mc cain et sa colistière trouveraient un moyen d’esquiver les coups qu’on leur portait.
c’est à peu près la seule chose sur laquelle on pourra voter : ont-ils esquivé ou pas. tapez 4. maintenant vous avez fait une grande partie du chemin vers la marginalisation du public. il suffisait de dire : ne prenez donc pas la peine de voter.