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# avec nos fronts en fièvre, avec nos poings en grève
- URL: https://gabrielmaagekhan.com/avec-nos-fronts-en-fievre-avec-nos-poings-en-greve/
- Published: 2026-10-02T12:50:02.000Z
- Updated: 2026-10-04T07:10:34.000Z
- Author: Gabriel M. Khan
- Tags: society

tirez, étranglez tant que vous voulez, c’est à ça qu’on reconnaît la fin de votre monde. c’est ainsi qu’on se souviendra de vous. matraquez, éborgnez, maltraitez-les ces enfants, qui exigent, avec la dernière sauvagerie, qu'on remplace leurs professeurs absents. menacez-les, ces élèves venus quémander des faux-plafonds et une eau potable. et puis quoi, le chauffage en hiver et la ventilation en été ? bousculez donc ces adolescents désoeuvrés, qui menacent l’ordre établi à ne plus vouloir de rats. violentez, frappez ces CPE, ces psychologues scolaires, assoiffés de moyens pour leur établissement, qui d'autre que vous sait mieux ce qui manque à l'école. gazez-les, ces enseignants et ces syndicats avides de soutien et de conditions dignes.   
  
intimidez qui vous voulez, ils n’ont pas peur de vous. un jour vous implorerez à votre tour, et ils se souviendront. tirez donc. sur vos enfants, ils seront encore là après vous ! sur leurs professeurs, sur les femmes, sur le maire, sur l'hôpital, sur l'université, sur la justice, sur la recherche, sur l'école. sur tout ce qui dans ce pays est humain et tient debout sans vous.

mais vous, de quelle peur viscérale faut-il que vous soyez saisis pour réprimer ainsi ? vous avez les gestes de l'animal acculé, qui mord la main avant de regarder ce qu'elle tend. la violence est l’aveu de ceux qui se sentent en danger. et en danger vous l’êtes, hantés par ces nouveaux maquisards. on sait, on les connaît vos cauchemars. les banderoles, les pancartes, ces gavroches qui réclament, le service public, ses cortèges hurlants, ça fait tout remonter : on voit vos fronts ruisseler. vous êtes la panique d’un pouvoir en fin de vie, qui invoque la raison d'État, prend chaque manifestation pour un assaut et des élèves de seconde pour une insurrection. 

la raison d'État, je l'ai servie, je la connais, et je vous le dis : il faut l'avoir sacrément perdue pour prendre ses propres enfants pour une menace si grande qu’elle risquerait de le faire tomber. et son propre peuple pour un ennemi assez fort pour semer le chaos. ou alors ils le peuvent, et voici que vous nous dévoilez vos secrets : vous ne tenez plus sur rien.

vous frappez d’abord mais bientôt vous céderez : tout est déjà arrivé ; lisez donc, sur les cent, les vingt ou les dix dernières années. sur ces régimes d'avant vous qui ne voyaient plus rien à quoi se raccrocher. aucun ne se croyait fini. ils ont réprimé en prétendant sauver l'ordre public. ils ont parlé comme vous des meneurs communistes, des gens venus d'ailleurs et des poubelles en feu (il y en aura toujours une à montrer). c'est la fin d'une époque et elle a votre visage. c'est la fin d'un pouvoir, qui ne sait plus répondre autrement que par des grenades. c'est vous qui tremblez. on tire sur les siens quand on a déjà perdu, alors tirez tant que vous voulez, on regarde avec la joie désespérée du lycéen qui gratte sa blessure et se met à rire en voyant son propre sang sur les doigts.